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Nostalgique du web des années 2000? Ce jeune Allemand a fait renaître le réseau social MySpace

Capture d'écran de la page du créateur de SpaceHey. - BFMTV

À seulement 19 ans, Anton Röhm s'est amusé à recréer, tout seul depuis sa chambre, un réseau social qui se veut héritier de l'iconique MySpace. Deux ans après son lancement, le site à l'esthétique "vintage" séduit les nostalgiques des années 2000.

Les nostalgiques du web des années 2000 peuvent se réjouir. Un jeune développeur allemand a décidé de faire renaître MySpace de ces cendres. Son site, baptisé SpaceHey, ressemble à s'y méprendre à l'ancien réseau social à ses débuts. Et il compte déjà quelque 500.000 utilisateurs dans le monde entier.

"Je ne m'attendais pas à un tel succès!", raconte à BFMTV.com Anton Röhm, du haut de ses 19 ans. Le jeune homme, originaire du sud de l'Allemagne, a développé la première version de SpaceHey après le lycée, en novembre 2020.
Le créateur de SpaceHey, Anton Röhm, 19 ans. © BFMTV

"À la base, j'avais prévu de faire le tour du monde une fois diplômé, mais je me suis retrouvé cloîtré dans ma chambre à cause du Covid. J'ai toujours aimé coder alors j'ai profité de ce temps libre pour m'améliorer en développement informatique", raconte Anton Röhm, qui constate autour de lui une certaine nostalgie des années MySpace.

S'opposer aux géants du web

"Aujourd'hui, il n'y a plus aucun réseau social comparable et beaucoup le regrettent", estime l'adolescent. "Moi je n'ai pas connu MySpace car j'étais trop jeune mais les gens qui l'utilisaient m'en ont tellement chanté les louanges que ça a piqué ma curiosité."

À sa création en 2003,le réseau social fondé par Tom Anderson permettait aux musiciens du monde entier d'exposer leur travail, de personnaliser leur page sur laquelle ils pouvaient partager des informations sur leurs dates de concerts. En quelques années, il s'est imposé comme l'un des sites les plus visités au monde, avant de connaître une chute fulgurante à partir de 2006, ne résistant pas à l'arrivée de concurrents comme Facebook.

La plateforme originale de MySpace en juin 2006. © NICHOLAS KAMM

Aujourd'hui, le site existe encore mais ne ressemble plus à ses débuts. Ces dernières années, MySpace a été racheté à plusieurs reprises, ce qui a entraîné des changements réguliers de la plateforme, qui a par ailleurs perdu une grande quantité de contenus lors d'une migration de serveur. Certains internautes lui reprochent une interface moins intuitive et aux valeurs plus éloignées de celles des débuts.

En parallèle, ces dernières années, les scandales sur la gestion des données de ces nouveaux géants du web ont fait croître les regrets de certains des anciens utilisateurs. En mars 2018 déjà, certains internautes avaient par exemple exprimé leurs espoirs de voir renaître MySpace dans sa forme originelle.

C'est précisément l'idée d'Anton Röhm. Le jeune Allemand a voulu créer une plateforme différente, à l'opposé des valeurs des géants du numérique actuels. L'adolescent déplore que depuis quelques années, Facebook, Instagram ou encore Twitter s'adonnent à "une traque massive des données de leurs utilisateurs et les vendent à des publicitaires".

De son côté, SpaceHey mise sur "une politique de respect des données personnelles" et une absence d'"algorithme", promet-il. Et les utilisateurs ne risquent pas d'être assaillis de messages par la plateforme, car "aucune notification push, aucun email ni newsletter" ne leur sont envoyés.

Un design vintage, une interface personnalisable

Le jeune développeur n'avait que 4 ou 5 ans au moment où le réseau était au sommet. Alors pour imiter l'esthétique bleue et blanche du MySpace de l'époque, Anton Röhm a dû se baser sur des captures d'écran du site de l'époque trouvées sur des forums ou encore des vidéos Youtube de passionnés.

Comme au bon vieux temps, SpaceHey permet d'ajouter des amis, d'envoyer des messages, d'ajouter de la musique mais aussi de personnaliser l'aspect de sa page à sa guise.

"À la différence de ce qui se fait aujourd'hui, les utilisateurs peuvent vraiment exprimer leur créativité", souligne son fondateur. "Ils peuvent changer le fond, les animations, l'ordre de leur page, les photos... C'est quelque chose qui a totalement disparu des nouveaux réseaux sociaux", regrette-t-il.

Avec son aspect "vintage", le site attire "beaucoup de Français et de Britanniques", mais "contrairement à ce qu'on pourrait croire, pas seulement des "personnes qui ont connu l'ancienne version de MySpace", assure le jeune homme. Sur SpaceHey, "il y a beaucoup de jeunes et d'adolescents qui, comme moi, en ont entendu parler et ont été séduits par ces fonctionnalités disparues".

Pour l'instant, Anton Röhm fait tout lui-même depuis sa chambre d'adolescent et finance son site grâce à ses propres économies. Il sait toutefois que ce modèle économique n'est pas viable sur le long-terme. Il cherche désormais "une entreprise qui serait prête à faire de la publicité" sans achat de métadonnées, et n'exclut pas d'avoir recours à des modérateurs pour endiguer les messages négatifs qui peuvent assaillir son réseau.

Jeanne BulantJournaliste BFMTV