Société

Le trésor pillé du Prince-de-Conty, un navire échoué au large du Morbihan, enfin retrouvé

Des lingots d'or provenant de l'épave du Prince-de-Conty, bateau naufragé en 1746, ont été retrouvés plus de 300 ans après, le 15 juin 2022 - Sandra FERRER - AFP

Les lingots d'or, d'une valeur de 220.000 euros, ont été retrouvés après être apparus sur le catalogue d'une maison de vente américaine. Trois Français ont été mis en examen pour vol et recel.

Des lingots d'or retrouvés plus de 350 ans après avoir coulé au fond de l'eau. Trois suspects ont été mis en examen le 18 mai, après le vol et le recel aux États-Unis, en Suisse ou au British Museum de Londres de cinq lingots d'or provenant du Prince-de-Conty, un navire naufragé en 1746 au large du Morbihan, a annoncé mercredi la procureure de la République de Brest Camille Miansoni.

Les lingots, d'une valeur de quelque 230.000 dollars américains (soit 220.000 euros), sont apparus sur le catalogue d'une maison de vente californienne, qui prévoyait de les mettre aux enchères début 2018. Alertées par la France, les autorités américaines repèrent le témoignage d'une Américaine dans une émission de télévision, dans laquelle elle assure avoir découvert par hasard des lingots "lors d'une plongée", rapporte Le Parisien.

La femme est retrouvée et elle reconnaît avoir obtenu en réalité le trésor auprès d'une Française mariée à un Américain. Les lingots sont identifiés et restitués à Paris, lors d'une cérémonie organisée en mars à Washington.

Les trois suspects encourent jusqu'à 15 ans de prison

Les suspects sont un couple et une femme tous trois de nationalité française et âgés de plus de 70 ans et "liées par des relations familiales et d'affaires, auquel appartient la vendeuse des lingots aux Etats-Unis", selon France 3 Bretagne.

L'homme mis en examen est un ancien plongeur-photographe professionnel déjà suspecté, mais mis hors de cause, dans un procès qui s'était tenu en novembre 1983 à Lorient dans une affaire de pillage de la même épave.

Ils ont été placés sous contrôle judiciaire et encourent jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle, a précisé Camille Miansoni, lors d'une conférence de presse, ajoutant que l'instruction se poursuivait car des objets pillés se trouveraient encore à l'étranger.

Le British Museum épinglé

Lors de sa garde à vue, le couple a reconnu son implication "dans la récupération des lingots et également leur vente en Suisse et aux États-Unis", tandis que la femme a contesté toute implication, selon le procureur.

"Des grands établissements culturels de renommée internationale, en particulier le British Museum, ont acquis auprès de personnes appartenant au groupe identifié - et les détenaient encore - des lingots et des objets provenant de l'épave du Prince-de-Conty", a assuré Camille Miansoni, dont la juridiction est spécialisée dans les affaires littorales (Julis).

"Les demandes de restitution transmises, notamment au British Museum, sont restées à ce jour, curieusement et avec regret, infructueuses", a-t-il ajouté.

Le British Museum est déjà en bisbilles avec la Grèce à cause de marbres du Parthénon de l'Acropole d'Athènes dont le pays demande depuis de nombreuses années la restitution. Hasard du calendrier, le prestigieux musée s'est dit mercredi ouvert à un accord avec Athènes.

Des commissions rogatoires internationales ont été émises à destination de la Grande-Bretagne, mais également des États-Unis et de la Suisse dans le cadre de l'enquête ouverte en février 2020 à Brest.

Un naufrage en 1746 au large du Morbihan

De retour d'Extrême-Orient, le Prince-de-Conty avait fait naufrage le 3 décembre 1746 par une nuit de tempête et de brouillard, près de Belle-Ile-en-Mer, au large du Morbihan. Des 229 hommes à bord, seuls 45 survécurent.

Immergée par 10 à 15 mètres de fond, dans une zone de forts courants et particulièrement difficile d'accès, l'épave était tombée dans l'oubli jusqu'à sa découverte en 1974 par un enseignant.

Elle avait ensuite été pillée, avant une expertise professionnelle qui avait observé des milliers de fragments de porcelaine de Chine du règne de l'empereur Qianlong (1736-1795), des restes de caisses de thé ou encore trois petits lingots d'or chinois.

Les lingots restitués à Brest

Les cinq lingots ont été restitués officiellement mercredi à Brest, en même temps que quelques fragments d'objets en porcelaine provenant également du Prince-de-Conty, au Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), le service chargé d'inventorier le patrimoine immergé en France.

"Aujourd'hui, qu'on ait ces vestiges qui rentrent dans les collections publiques c'est une vraie satisfaction", a réagi Olivia Hulot, archéologue maritime au Drassm.

"Les navires de la Compagnie des Indes c'est une page particulière de notre histoire maritime", a-t-elle souligné, précisant que les vestiges d'un seul d'entre-eux, le Prince-de-Conty, avaient été retrouvés pour l'heure le long des côtes françaises.

Les lingots restitués sont décorés pour certains d'idéogrammes chinois symbolisant la prospérité. Ils étaient utilisés comme monnaie par la Chine pour acheter des biens provenant de France.

"D'autres objets sont encore détenus à l'étranger alors qu'ils ont vocation à réintégrer les collections patrimoniales françaises", indique encore la procureure, selon France 3.

Juliette Desmonceaux avec AFP